JSL : comment vas-tu ?
SA : ça va.
JSL : Tu as lair tendue.
SA : Cest que je nai pas lhabitude de me prêter à ce genre dexercice.
JSL : tu ne parles jamais de toi ?
SA : si, mais plutôt à des gens que je connais et jamais dans la perspective dêtre lue par de nombreuses personnes.
JSL : tu penses que tu nes pas intéressante ?
SA : si. Enfin, je pense que pas mal de femmes peuvent se retrouver en moi.
JSL : très bien ! Et quelle est ta situation ?
SA : je suis mariée, jai des enfants, je travaille... Jai beaucoup de choses à gérer en même temps et cest relativement compliqué. Je suis donc amenée à me poser pas mal de questions.
JSL : sur quoi ? Ton couple ?
SA : mon couple, les priorités, le temps à consacrer à mes enfants, à mon travail, à moi-même, la manière de gérer le quotidien... Cest tout un équilibre à trouver.
JSL : et tu ne las pas trouvé ?
SA : je suis arrivée à un certain équilibre.
JSL : tu peux donc te dire heureuse ? Tout est parfait ?
SA : non.
JSL : que pourrait-on améliorer dun coup de baguette magique ?
SA : ce qui me pèse le plus, cest limpression dassumer beaucoup plus de choses que mon conjoint.
JSL : cest “normal” ! Tu es une femme dans un système patriarcal. Dans un tel système, la femme prend beaucoup sur elle et lhomme récolte la gloire. Le succès des enfants revient à la présence et lattention du père, pense-t-on, et quimporte si cest la mère qui en a fait le plus. Dans ce système, les mères doivent à la fois travailler, soccuper des enfants et rester des épouses dévouées, sans quoi lhomme est tenté daller voir ailleurs. Ce nest pas vrai ?
SA : exactement. On se dit dune nouvelle génération où les hommes sont différents de leurs pères, soccupent des enfants et partagent les tâches ménagères, mais on se rend compte que cela nest pas si vrai.
JSL : bien sûr ! il faudra encore du temps pour que les hommes changent. Pourquoi abandonner son pouvoir, quand on est dominant ? Même sils nen disent rien, les hommes vivent dans un système à leur avantage.
SA : effectivement.
JSL : nous vivons dans une société basée sur la logique judéo-chrétienne, dans laquelle lhomme est le centre et la femme la périphérie. Cest triste, mais cest encore comme cela. Alors, quand on est une femme, on rêve dun prince charmant qui sera juste. Mais en définitive, aussi charmant soit-il, lhomme qui se présente nest pas prince et sil lest, eh bien il nest pas nécessairement charmant. Cela signifie quil reste pas mal de choses pénibles à gérer au quotidien. Et lorsque lon essaie damener lautre à comprendre ce que lon vit en tant que femme, on ny parvient pas.
SA : oui, exactement.
JSL : et à ce moment, on se demande à quel point lautre nous aime, cest ça ?
SA : oui...