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Entretien avec un immortel

Tisseuse de liens

   Tags : Travail, Energie, Relations, Sagesse

Il est des êtres rares qui voient ce que d’autres ne voient pas : le monde est un et le futur demande beaucoup d’amour. Esther - 42 ans, Attachée territoriale et Professeur d’université - est de ceux-là, qui nous invite à nous relier au monde.

 
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JSL : comment vas-tu ?
ED : je vais bien. Je vais bien parce que je me sens avec moi-même.
JSL : oui.
ED : J’ai mis vingt à vingt-cinq ans pour y arriver. Et il y a aussi eu une révélation : un livre.
JSL : oui.
ED : un livre d’Edgar Maurin intitulé Relier les disciplines. Lorsque je l’ai lu, j’ai compris qu’il y avait là ce que je cherchais depuis longtemps.
JSL : oui ?

Pour moi, les lieux sont habités et une relation s’établit entre eux et moi

Un lieu pour se retrouver

ED : jusqu’alors, j’avais travaillé sur les lieux, les villes, sans saisir que c’était en fait une sorte de thérapie personnelle. Je n’avais en effet jamais eu de lieu. Or pour moi, les lieux sont habités et une relation s’établit entre eux et moi. Si le lieu n’existe pas, je n’existe pas. J’ai trouvé chez plusieurs auteurs, comme Lacarrière ou Berque, cette relation entre le sensible et le lieu - qui permet d’habiter et d’être habité.
JSL : oui.
ED : cela m’a fait comprendre que si j’ai commencé à travailler sur les territoires, ce n’est pas par hasard. C’est parce que je n’en avais pas.
JSL : et pourquoi n’en avais-tu pas ?
ED : c’est du fait de mon enfance un peu compliquée. Mon beau-père a fini en prison et ma mère - très malheureuse - a disparu à un moment. Aussi, nous étions dix enfants. J’ai été très vite placée à la DDASS. Cela a été pour moi un sauvetage. Et puis nous avons déménagé mille fois, sans jamais retrouver un seul objet...
JSL : à chaque fois, il fallait tout recommencer.
ED : oui. Combien de fois a-t-il fallu tout reprendre à zéro ! C’est pour ça, je pense, que j’ai très bien vécu le foyer de la DDASS. J’y étais comme une sorte d’ethnologue qui aidait les autres. Les années que j’y ai passées m’ont permis à la fois de me construire et de me fuir. Je crois que c’est là que s’est noué ce rapport à l’ “habiter” où l’on s’habite comme on habite un lieu.

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