JSL : comment vas-tu, Fanny ?
FF : ça va.
JSL : à quoi penses-tu ?
FF : à ce que tu me demandais.
JSL : quand tu me dis “ça va”, tu me dis que tout va ?
FF : ça va mieux que tout à lheure. Je commence à me détendre. Jai moins peur.
JSL : tu avais peur ?
FF : oui. Je naime pas me confier. Je naime pas parler de moi-même.
JSL : ah bon ? Pourquoi ?
FF : je naime pas que les autres sachent ce que je pense, ce que jai dans la tête.
JSL : pourquoi ça ? Tu caches quelque chose ?
FF : je ne cache rien, mais jai toujours peur de me sentir inférieure aux autres. Alors, je préfère tout garder.
JSL : et pourquoi serais-tu inférieure aux autres ?
FF : ça, je nen sais rien du tout.
JSL : tu imagines, si tout le monde pensait comme cela ? Tu imagines, si tout le monde adoptait ta logique ? On se retrouverait bien isolés.
FF : Ce serait triste.
JSL : tu es donc complexée...
FF : oh oui !
JSL : quest-ce qui te complexe ?
FF : mon corps.
JSL : mais un corps, ça se façonne.
FF : oui. Jy travaille : je fais des exercices... des fessiers, par exemple.
JSL : pour avoir de belles fesses ?
FF : oui. (rires)
JSL : alors tu vas avoir de belles fesses. Cest bien. Maintenant, tu as trente ans. En trente ans, tu as largement eu le temps de façonner ton corps. Pourquoi nas-tu pas commencé avant ?
FF : javais commencé ! Un petit peu... On en fait un ou deux jours, on sarrête. On sarrête pendant deux mois, on en fait quatre jours... Il y a un manque de motivation. Cest difficile de sy tenir dans la durée. Cest difficile, ça prend du temps, et puis cest dur, tout simplement ! On a toujours autre chose à faire que des fessiers, ou alors on na pas trop le moral. Cest tellement plus facile de mettre la cuiller dans le pot de Nutella...
JSL : ah, le pot de Nutella ! Cest bon, le pot de Nutella ! Le problème, cest que ça pousse directement sur le ventre et les fesses.
FF : et tout de suite ! Cest fatal.
JSL : as-tu souvent recours au Nutella, quand tu ne te sens pas bien ?
FF : oui. Jai limpression que ça va tout de suite dans le cerveau, avant daller sur les fesses. Ça me détend.
JSL : ça fait longtemps que tu as ce “réflexe Nutella” ?
FF : depuis toujours.
JSL : et même si tu sais que ce nest pas bon, tu le fais ?
FF : oui, parce que je me dis que le jour daprès, ça ira mieux et que je naurai pas à remettre la cuillère dedans.
JSL : et quand plusieurs jours se succèdent, que fais-tu ?
FF : cest rare, quand même...
JSL : cest donc ponctuel.
FF : voilà.