En ce début de XXIe siècle, le constat est sans appel : lhumanité souffre. À sa manière, chaque homme souffre de ses désirs insatisfaits. Lamour est le premier de tous. Les traits négatifs tels que lagressivité, légoïsme ou la jalousie ne sont que les manifestations extérieures de cette souffrance.
De nos jours, la méchanceté est banale voire normale. Causer de la souffrance à autrui est parfois même un objet dorgueil : des hommes se vantent de coucher avec des femmes et de les abandonner après ; des employeurs se gargarisent des économies réalisées sur le dos de leurs employés ; des bandes senorgueillissent davoir roué de coups des personnes isolées... De tels comportements minent les familles, les groupes et les sociétés. Un jour, lorsque lon aura compris que la méchanceté détruit tout et conduit à la solitude la plus sombre, les personnes odieuses seront considérées comme malades.
Le seul moyen de lutter contre la méchanceté consiste justement à ne pas lutter. En cherchant à répondre systématiquement à la bêtise dâmes en peine, nous ne faisons que les enfoncer davantage. Celui qui fait souffrir souffre souvent bien plus que sa victime, car sa peine ne le quitte jamais. Cette dernière est multipliée par la culpabilité de chaque acte peu glorieux commis. Lâme naccepte pas le mal que nous faisons. Celui-ci la hante de manière graduelle par le biais de pensées parasites, de cauchemars et de sourdes angoisses. Les méchancetés se succédant, lamour de soi sefface au profit dun profond dégoût poussant encore plus au mal. Les personnes méchantes, malgré les apparences, appellent à laide. Les combattre ne fait que renforcer leur crainte et leur haine. En refusant de les affronter, nous les laissons seules face à la culpabilité de leurs intentions et de leurs actes.